Pourquoi les enfants ayant des besoins spéciaux seraient-ils destinés à une vie limitée et à dépendre des prestations d’invalidité et de leur famille?
Et si les jeunes ayant une déficience en matière de lecture, d’écriture et d’interaction sociale avaient l’occasion de contribuer à l’économie par leurs dons et leurs forces individuelles et, de ce fait, servir au sein de leur communauté, être propriétaire d’une entreprise et avoir la chance d’atteindre l’indépendance financière?
Mon nom est Melissa Cassidy et « What if? » (« Supposons que? ») est le nom d’un jeu auquel ma famille et moi nous nous adonnons depuis plusieurs années. Quand mes enfants étaient petits, nous avions l’habitude de nous blottir les uns contre les autres et chacun, à tour de rôle, répondait à la question « Supposons que? ». La réponse ne comprenait aucune limite d’argent, de temps, de capacité ou de réalité. Quand nous jouions à « Supposons que? », notre imagination volait haut et nous pouvions exprimer tout ce que notre cœur désirait sans jugement ni peur.
Mes enfants ont grandi et le jeu se poursuit. Dans la vraie vie, il EXISTE des limites d’argent, de temps et de capacité. Tous les enfants entreprennent le grand voyage de la vie armés de facteurs internes et externes qui influencent leur avenir et chaque être humain expérimente une gamme variée de facteurs situationnels et de choix personnels. Dans le cas de mon fils, Trysten, des obstacles liés au développement l’ont ralenti dans certains secteurs mais, en tant que famille, nous croyons qu’il a un plan et un objectif infaillible en ce qui concerne sa vie et nous sommes dévoués à l’aider à trouver sa voie et à la suivre.
Aujourd’hui, je vais vous raconter une histoire sur la façon dont nous avons découvert une des contributions initiales de Trysten à son entourage et comment « Summer Company », un programme du gouvernement de l’Ontario, lui a donné l’occasion de développer et d’explorer ce talent d’une façon significative. L’expérience que je m’apprête à vous décrire en est une qui a influencé Trysten de façon positive, non pas seulement le temps d’un été mais sûrement pour maintes années à venir.
Comme plusieurs jeunes de la génération actuelle, Trysten était captivé par l’idée de posséder un iPod Touch et il exprimait ce désir à haute voix. Bien sûr, nous aimons nos enfants et travaillons durement pour combler leurs désirs mais, à 14 ans, un iPod Touch n’est pas une nécessité. Un désir, oui. Un besoin, non. Les fonds consacrés à Noël et à l’anniversaire envolés, il faudrait attendre plusieurs mois avant que Trysten puisse faire un achat aussi important. Donc, comme la plupart des parents le font, j’ai dit à Trysten qu’il devra trouver un emploi s’il désire acheter un iPod Touch.
Il m’a demandé « Qu’est-ce que je peux faire? »
« Qu’est-ce que tu veux faire? » « Qu’est-ce que tu penses que tu pourrais faire? » Mes questions étaient purement pour la forme parce que, même si je crois que mon fils a beaucoup de potentiel, la maturité n’était pas encore au rendez-vous.
Je ruminais la question : « Que peut-il bien faire pour gagner de l’argent? »
Il a suggéré « Je peux tondre des pelouses ». L’été dernier, Trysten avait observé le fils d’un ami qui tondait notre pelouse.
«Je ne suis pas certaine… ». J’hésitais… « Voyons ce qu’en pense ton père. »
Je n’étais pas à l’aise à l’idée de laisser mon fils manipuler un appareil aussi dangereux qu’une tondeuse et m’inquiétais du fait qu’il puisse ruiner la pelouse de quelqu’un. Une gamme d’inquiétudes maternelles se bousculait dans ma tête.
Plus tard, mon mari a amené Trysten à l’extérieur et lui a expliqué comment fonctionne une tondeuse et comment tondre la pelouse. Trysten s’est mis à la tâche de tondre la pelouse… et il a fait du très bon travail!
Malgré notre crainte innée pour sa sécurité et le risque potentiel de dommages à la propriété, nous avons décidé d’être braves et de lui donner la chance d’aller de l’avant avec cette possibilité d’emploi.
L’ironie de la chose c’est qu’au cours de l’année suivante j’écoutais un livre sonore sur Steve Jobs sans savoir que Trysten écoutait attentivement et s’inspirait de cette histoire vécue de l’ancien magnat d’Apple qui avait réalisé son rêve.
Nous avons fait un graphique pour compiler ses gains et suivre sa progression vers l’achat du iPod désiré et l’avons félicité pour chaque tonte de gazon réussie. Trysten a acheté son iPod et a connu, pour la première fois, le plaisir exquis du travail rémunéré.
Une fois conscients que Tryten était sérieux et capable de tondre les pelouses, nous avons investi dans l’achat d’une voiturette pour le transport de ses fournitures et lui avons acheté une meilleure tondeuse. Il avait déjà une voiturette à pédales qui est devenu son véhicule remorqueur. En retour de notre investissement, une des táches régulières de Trysten, sa contribution à notre famille, est de tondre notre pelouse. À ce moment, il se limitait à tondre notre pelouse et celle des voisins immédiats mais expérimentait déjà l’orgueil, la joie et l’espoir qui découlent du fait de savoir que vous êtes capable de faire quelque chose de vraiment productif.
Ce pas en avant a été une bénédiction pour Trysten mais, en affaires, on rencontre toujours des obstacles. L’activité que Trysten préférait le moins était de parcourir le voisinage et de frapper aux portes pour savoir si on avait besoin de ses services. Parfois, un voisin lui faisait signe et lui demandait de tondre sa pelouse mais c’était au hasard et nous avons alors commencé à enseigner à Trysten la nécessité d’innover et de persévérer s’il voulait trouver de nouveaux clients.
Un après-midi, j’ai accompagné Tryten alors qu’il frappait aux portes et j’ai été choquée de voir certains « amis » du voisinage rire de lui et le traiter de perdant en ma présence. J’ai encouragé Trysten à les ignorer et à ne pas se sentir rejeté par les « refus » qu’il essuyait à presque chaque porte. Nous avons discuté de la réalité de devoir essuyer à des refus comme faisant partie du cheminement vers notre objectif d’obtenir un « oui » et qu’il s’agit d’une étape normale du processus. Heureusement, Trysten n’a pas permis à cette attitude ridicule de l’empêcher de poursuivre son rêve et; plus tard, ce même jour, j’ai eu une conversation avec les mères de ces garçons.
L’hiver venu, nous avons assisté à un événement « Life After High School ». Nous n’étions pas certains du contenu et même si un des services présentés seraient avantageux. En rétrospective, je suis contente qu’on y soit allé. Nous avons entendu parler des services « camp de jour » et autres programmes mais nous ne pensions pas qu’ils s’appliquaient à notre situation. Nous sommes arrivés à une table qui offrait « Summer Company » et avons rencontré Diane Malenfant du « Small Business Centre » local, le fournisseur régional de« Summer Company ». J’ai pris un dépliant et posé quelques questions presque à la blague mais je suis repartie avec l’impression que nous avions trouvé une occasion qui pourrait aider Trysten à progresser vers son rêve d’étendre son entreprise de tonte de gazon à un niveau professionnel. Nous devons beaucoup à cet événement et à la façon dont il a influencé notre fils lors de l’été suivant.
En rentrant à la maison, nous avons dit à Trysten que le programme « Summer Company » pouvait possiblement payer pour la tondeuse autoportée qu’il désirait par le biais de la subvention de démarrage d’entreprise. Il était séduit!
Faire une demande de participant à « Summer Company » nest pas une simple affaire particulièrement pour un garçon de 15 ans qui n’a pas les aptitudes nécessaires pour remplir la paperasse, établir un budget et autres démarches requises. Nous aurions pu le faire pour lui mais, plutôt, nous l’avons simplement beaucoup aidé – nous avons seulement mis la main à la pâte de façon à ce qu’il participe pleinement au processus. Même si parfois notre frustration égalait la sienne, ce processus a été une expérience d’apprentissage importante. L’aspect ennuyeux d’élaborer un plan d’affaires, de devoir spéculer sur la demande et sur l’avenir, d’évaluer le coût du matériel fait partie de la démarche d’être propriétaire d’une entreprise et, s’il voulait récolter le fruit de son travail, il devait prendre la responsabilité de la tâche… dans l’ensemble, même s’il n’était pas seul à le faire.
C’est un travail d’équipe. Dans la vie, personne n’accomplit de choses exceptionnelles sans aide. À la maison, Trysten a reçu de l’aide et de l’orientation de toute la famille et d’Aaron, notre fournisseur de relève. Nous avons tous contribué quand et comme nous le pouvions. Parfois il nous offrait un « Ice Caps » de Tim Horton ou nous donnait 10 % de ses gains en « paiement » pour nos services et parfois nous étions là simplement pour le soutien moral. Personne n’a tondu une pelouse à sa place mais nous pouvions l’aider de maintes façons en coulisse.
Comme vous pouvez vous imaginez, faire une demande de subvention de « Summer Company », c’est beaucoup de travail et ça exige un engagement sérieux pour arriver à son but. En tant qu’équipe de soutien, nous étions aussi engagés à l’aider à satisfaire aux exigences pour enclencher et compléter le programme. Il s’agissait de l’investissement requis pour le succès de Trysten qui a contribué à établir les bases d’excellence pour ses pratiques d’entreprise. Pour démarrer, chaque entreprise demande une lancée initiale et un investissement en temps.
J’ai vécu une expérience émotionnelle quand le jour est venu de mener Trysten à son entrevue avec Diane Malenfant et l’équipe de Mentorat de « Summer Company ». Je savais que, accepté ou non, ce serait pour lui une expérience inestimable.
Lorsque Diane a téléphoné à Trysten et lui a annoncé la bonne nouvelle de son acceptation au programme « Summer Company », nous étions en extase. Le moment était alors venu de mettre le plan d’affaires en œuvre; nous avons acheté tout l’équipement et les fournitures tel que prévu, fabriqué des affiches publicitaires et entamé le processus de recherche de clients. C’était définitivement plus agréable que la portion recherche et développement que venions de terminer. Trysten a commencé par la distribution de circulaires dans les boîtes aux lettres du voisinage et, aussi, porte-à-porte.
Publicité, publicité, publicité! Tout en aidant Trysten à la distribution de circulaires dans le voisinage immédiat, je me suis souvenu qu’on peut distribuer des « communiqués de presse » lorsqu’on veut annoncer quelque chose à la communauté. Parfois, les journaux locaux publient votre annonce. Ce type de publicité est sans frais alors j’ai rédigé un communiqué de presse et je l’ai envoyé au Windsor Star et au LaSalle Post. Nous étions très excités lorsque les deux journaux ont publié des segments de l’histoire de Trysten. Plus tard, nous avons aidé Trysten à placer une annonce dans le LaSalle Post et ça lui a amené plusieurs clients. Il est nécessaire, conformément à l’entente avec la « Summer Company », qu’il compile le temps consacré à tondre des pelouses et à essayer de trouver de nouveaux clients. Le temps consacré à la paperasse en coulisse, à l’activité bancaire, à la formation, aux réunions, etc. faisait aussi partie du contingent horaire. Trysten a remonté ses manches et s’est mis au travail.
« Summer Company » va au-delà du financement aux étudiants pour démarrer leur propre entreprise. Ce programme offre de la formation en entrepreneuriat et des sessions de mentorat où des propriétaires d’entreprises et d’anciens participants à « Summer Company » expliquent aux étudiants ce qu’il faut faire pour réussir en affaires. Trysten a assisté à ces sessions aux deux semaines avec grand enthousiasme. Nous sommes très reconnaissants à Diane Malenfant et aux autres qui lui ont tendu la main et donné l’occasion de faire partie d’une équipe. Nous étions encore plus honorés et excités lorsque Trysten a été invité à y retourner en tant que mentor l’été dernier.
Ça été un été très occupé. Trysten a acheté une tondeuse autoportée et a consacré son été, huit semaines, à tondre, désherber, distribuer des affiches, assister à des réunions et gérer son entreprise. Son père et moi l’avons conduit chez des clients éloignés de sa zone de travail quand c’était possible et, quand nous étions au travail, Paris prenait les appels et aidait à organiser le calendrier. Nous avons tous travaillé très fort mais c’était excitant et amusant.
C’était aussi merveilleux de rencontrer des gens au sein de la communauté et de constater leur générosité et leur soutien pour aider Trysten à atteindre son objectif de tondre 200 pelouses. C’est devenu chose normale de voir Trysten revenir du travail avec des eaux gazeuses, des friandises et autres cadeaux de ses clients qui, c’est évident, l’apprécient grandement.
Nous avons découvert qu’il est difficile d’amener Trysten à comprendre l’horaire et à savoir où et quand il doit tondre une pelouse. Nous avons trouvé une solution à ce problème en prenant une photo de la propriété de chaque client et en inscrivant le nom et l’adresse à l’endos de la photo. Papa consulte le calendrier le matin et étale les photos dans l’ordre selon lequel les pelouses doivent être tondues. Un court moment avec Trysten pour dire « celles-ci doivent être faites avant/après le lunch et celles-là avant/après le dîner » semble bien fonctionner. Parfois nous devions téléphoner à Trysten pour lui rappeler qu’il est temps d’aller tondre une pelouse. Même si Trysten ne reconnaît pas les adresses réelles, il était capable d’associer l’emplacement de la propriété juste en regardant la photo; cette portion de l’entreprise fonctionne très bien grâce aux photos.
Il laissait l’argent avec les photos sur la table quand il avait terminé; nous pouvions ainsi l’aider à tenir compte de qui a payé quoi et à compiler ses gains.
Cette année, nous avons aidé Trysten à poster des cartes de Noël à tous ses loyaux clients.
En plus de pouvoir conserver tous les profits de son initiative d’affaires, Trysten a reçu 1500 $ de plus au moment de la complétion du programme. Son désir d’avoir un eBike a alimenté son énergie pendant ces chaudes journées d’été à travailler alors que les autres garçons de son âge étaient à l’intérieur à s’amuser à des jeux vidéo. Nous étions très fiers de sa détermination, de son travail ardu et du fait qu’il n’ait pas renoncé. L’été dernier, Trysten a pu économiser et s’acheter un véhicule RC qu’il aime véritablement.
« Summer Company », une initiative du Ministry of Economic Development, Trade and Employment (ministère du Développement économique, du Commerce et de l’Emploi), est un programme à l’intention de tous les étudiants de l’Ontario âgés entre 15 et 29 ans qui sont entre deux semestres.
Même si ce programme n’a pas été conçu et mis en place avec, en tête, les personnes ayant des besoins spéciaux, les facilitateurs reconnaissent la contribution de tous les jeunes aux équipes et à la communauté.
Il importe de discuter de tous les aspects du programme « Summer Company » avec le facilitateur régional avant et durant le processus de demande pour évaluer si cette occasion vous convient, à vous et à votre jeune.
Nous espérons que vous avez eu plaisir à lire notre histoire. Nous espérons que vous serez inspirés et encouragés et que vous vous poserez la question « Supposons que? » lorsqu’il s’agit des personnes ayant des besoins spéciaux et le monde des affaires.
~ Merci